If you come to San Francisco...
Par Onesque le jeudi, janvier 14 2010, 04:55 - So sweet - Lien permanent
Salut frenchy ! J'interromps le long silence qui a envahi ce blog pour un petit avertissement de routine. Il se pourrait qu'une fois, tu décides d'aller passer quelques temps à San Francisco, pour des vacances ou pour ton travail. Ce jour là, il y a fort à parier que tu remonteras Market Street entre le Civic Center et Powell Street, tout simplement parce que c'est un chemin qu'empruntent tous les touristes en goguette.
Si tu es matinal, tu rencontreras en arrivant sur le Civic Center un petit marché tenu par des asiatiques. On vient y acheter des fruits, des légumes et des poulets, ça sent fort et ça fait du bruit, tu devrais te sentir dépaysé et donc apprécier la balade.
Pendant le temps que tu vas passer à reluquer le local faire son marché, il se pourrait que tu te fasses accoster par un sans abri, qui va tenter de te taxer de quelques pièces ou d'une clope. Ils sont nombreux dans le coin, à moins d'avoir vraiment une gueule de raie, impossible que tu y échappes. Chacun mène ses bonnes oeuvres comme il l'entend. Je te laisserai décider par toi même ce qu'il convient de faire, mais je me permettrais tout de même un petit conseil.
Imaginons que d'aventure tu voies débarquer un vieux Noir, barbe blanche et écharpe rouge, un journal gratuit sous le bras. Si c'est la saison, pas impossible que tu le voies éplucher amoureusement une clémentine, il adore ça et pourrait passer sa journée à en bouffer. Au dessus des odeurs de la rue, tu distingueras sans doute dans son sillage quelques relents d'herbe froide.
Ayant repéré ta dégaine de touriste, il va s'approcher de toi et t'alpaguer. Gentiment, avec une grosse blague, histoire d'engager la conversation. Te demander par exemple si tu es photographe, vu que tu te trimballes en permanence ton reflex comme s'il t'avait été greffé à la mimine. Bonne pâte, tu devrais lui répondre que non, que tu n'es qu'un petit mec qui passe par là, se balade. Lui te dira qu'il ne fait pas de photo, mais qu'il est tout de même un artiste et te proposera de te réciter quelques poèmes.
Le deal, tu le connais : quelques vers de mirliton en échange de quelques pièces. Pourquoi pas l'accepter ? Pendant quelques minutes, tu entendras parler d'amours perdus, de soleils qui se couchent et de nuits passées à pleurer. Puis viendra le moment où normalement tu mets la main à la poche, et où tout le monde se sépare bons amis : le premier part vers les grands magasins de Powell Street ; le second traine encore un peu avant de s'enfoncer dans les ruelles alentours chercher de l'inspiration pour ses futurs poèmes. Sauf que le zig ne se presse pas. Aujourd'hui, il fait beau, et on est bien sous le soleil de janvier. Alors il cause. Te raconte qu'il aurait bien aimé venir à Paris, lui qui adore les peintres romantiques, mais que la vie en a décidé autrement. Il va et vient, divaguant presque, dans un flou d'autant plus prononcé que tu ne captes pas tout ce qu'il raconte.
A la fin, il aura peut-être cette drôle de requête : "Tu sais quoi ? Prends moi en photo, là, contre l'arbre. Et quand tu seras rentré chez toi, tire cette photo et mets là dans ton appartement. Quand tes amis viendront chez toi, ils te demanderont qui c'est ce vieux Black que tu as sur ton mur, et tu pourras leur dire qu'il déclamait des poèmes stupides sur Market Street, ça te fera une histoire à raconter".
Tu n'auras sans doute pas compris son prénom, vu qu'il boulottait un quartier de clémentine au moment où vous échangiez les civilités, mais tu devrais suivre son conseil : tu auras une vraie belle histoire à raconter, plus longue qu'il ne le pensait.


Commentaires
Vu le style narratif utilisé et connaissant ton goût pour l'ironie, je m'attendais à une chute du genre "vol de reflex". Et bien non, comme pour un bon film, tu m'as bluffé !
Très belle histoire, en espérant que t'en relates d'autres comme celle ci :)
ça, c'est une histoire en effet :)
Du coup, ça donne envie d'aller y faire un tour.
bravo alex, la photo est sympas, l histoire raconté sur le bon ton,
excellent
Excellente histoire.
M'a l'air bien sympathique ce vieux noir avec sa barbe blanche =)
Merci pour cette histoire !
Super Alex, je m'attendais pas à la fin, vraiment super. J'ai presque eu la larme à l'oeil...
je cherche ce texte, dont j'ai perdu les références :
m'a l'air sympathique ce "je-ne-sais-pas-d'où-ils-viennent" qui apprécie ce vieux noir avec sa barbe blanche".
Merci
Votre style est tres agreable a lire.
Une apres midi, a new york, pres de central park.tu croise tout un tas d artistes en tout genre.le plus impressionnant fut un homme qui s eclatait avec un simple bout de plastique et un morceau de bois.l effet etait aussi reussi que s il avait joue sur une batterie classique.
En egypte aussi avec un boite de coca et un bout de bois ils te fabriquent un instrument de musique.
Au kenya les masai eut t impressionnent en entrant en transe et en sautant a des hauteurs incroyables.tu ressort different apres un tel partage et ressent presque leur transe tellement tu est proche d eux. Le soir au coin du feu.
Idem quand tu viens faire du benevolat aupres des populations locales comme en turquie.tu n as pas un rapport de touriste avec les personnes que tu cotoye.
A cuba, loin des complexes touristiques de varadero.si tu loue une voiture et part a l aventure a trinidad.tu pourras assister a des concerts de rue. Ou l on t offre un morito.tu te laisse emporter par la musique.le morceau dure au moins une dizaine de minutes voir plus.tu te prend a admirer le corps ondulant d une mexicaine qui danse au rythme de la salsa un morceau endiable.et toi qui bouge timidement tu te sent tout honteux d etre aussi raide dans tes mouvements.
Au laddakh a 4 000 metres d altitude tu te tiens au siege.tu su a grosse gouttes il fait nuit.le chauffeur roule sur la piste.il a confiance car il a allume son encens pres du mini boudda.l aventure c est l aventure.et quand le bus s arrete enfin une heure plus tard tu est heureux d etre encore en vie....
Les voyages a l aventure c est ca qui met du piment dans la vie.
Mon style dans le registre classique n est pas top.je prefere l ironie pure.
Les 16 Premieres pages de mon roman peuvent se lire sur le site publibook : "la nuit tous les chats ne sont pas gris".