Des bâtards, oui mais glorieux alors !

Ca vient parfois comme une envie de pisser, ou comme une réminiscence de l'époque où il fallait reprendre le chemin des écoliers : après plus de dix mois passés sans même ouvrir l'interface d'administration de son blog, on se sent pris d'une soudaine envie d'écrire un truc. N'importe quoi, mais quelque chose qui change de Google, Microsoft et l'iPhone. Un truc qu'on sortirait comme ça, gratuitement, juste pour se dire qu'on sait encore user ses ongles sur autre chose que les nouvelles technologies. Un petit truc qui finalement te donnera le sourire en ceci qu'il y a encore trois minutes, tu ne savais pas que tu allais parler et que rien ne t'oblige à le faire. Ce petit truc, ça sera Inglorious Basterds, le dernier Tarantino. Comme ça, gratuitement, par plaisir, tel Gérard Lambert.

Alors que la ville regorge de salles, je crois que je ne suis jamais moins allé au cinéma que depuis que je crèche à Paris. Ma dernière incursion dans les salles obscures, ça devait être pour Millenium, dont je garde un excellent souvenir, sans doute plus pour la compagnie que pour le film qui reste, sans surprise, en deçà du roman de Larsson. Et puis, par une chaude après-midi d'août, je me décide à profiter de la bienveillante clim du cinéma, redécouvrant pour l'occasion la merveilleuse salle 1 de l'UGC Normandie, histoire de voir ces glorieux bâtards dont on parle tant. Et comme à chaque fois avec Tarantino, il y a un petit quelque chose qui me chagrine, mais je ressors conquis.

Je vais partir du principe que tu as vu le film. Si ce n'est pas le cas, arrête-toi là : tu ne voudrais pas que mes divagations du soir te gâchent le plaisir.

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Quentin, il est sympa, mais depuis quelques années, il a une fâcheuse tendance à l'effet de manches. Et les bâtards inventés pour l'occasion se prêtent sacrément bien à l'effet de manche. On n'est plus dans l'emphase, on est dans l'excès. Quand au terme de cinq minutes d'un dialogue ou monsieur nonchalance affronte mister testostérone, on t'annonce l'exécution sommaire, tu sais que Quentin ne va pas y aller dans la dentelle. Dans Inglorious Basterds, ça te donne cette scène où Brad Pitt essaie d'extorquer la position d'un camp allemand à un Christoph Waltz, qui résiste alors qu'on le menace de goûter à la batte de baseball du plus fieffé salopard que l'Amérique juive ait jamais mis au monde. Ca dure quatre ou cinq minutes, et tu sais déjà que la batte de baseball joue le rôle principal de la scène suivante, mais ça n'empêche pas l'ami Quentin de te l'introduire par un (très) long plan pendant lequel on fixe l'orée d'un tunnel obscur en entendant ladite batte racler contre les murs.

Ca dure, ca dure, et tu connais déjà la fin : la batte et celui qui la porte vont sortir du tunnel, et s'adonner pendant une vingtaine de secondes à un déchainement de violence que n'auraient certainement pas renié Alex et ses droogies.

C'est peut-être cette alternance entre longue mise en place d'une situation et très bref dénouement de cette dernière qui résume le mieux la première partie du film. Le schéma est en place dès la première scène du film, lorsque Waltz, qui décidément campe un délicieux nazi, baguenaude pendant peut-être dix ou quinze minutes avec son hôte avant de l'acculer à lui révéler la position de la famille qu'il cache sous son plancher. C'est longuet, mais on patiente parce qu'on sait que ce quart d'heure bavard promet un dénouement explosif, ne constituant finalement que l'entrée d'un repas roboratif.

Les aficionados ne trouveront rien à redire à ces longueurs : les dialogues sont ciselés et jamais ne jurent avec l'ambiance que s'attache à créer Tarantino. Les plus impatients aurant quant à vite fait de les oublier dès que l'action se déclenche. Ici, je pense bien sûr à la scène du bar, qui dure et dure encore, mais trouve une conclusion dont la violence jubilatoire emporte la majorité des suffrages. Il en va ainsi jusqu'à la fin du film, et le déferlement final de violence où Hitler et ses sbires ne meurent pas une, mais trois fois : en proie aux flammes, coupés par les balles de deux bâtards et finalement soufflés par l'explosion qui rase le théâtre ! Une démesure presque kitsch, digne des séries B dont se réclame QT mais qui, bien loin de toute considération artistique, se révèle foutrement efficace. Et pour ma part, sacrebleu, j'en redemande !

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